Ca sent le gâteau dans tout le dortoir et tout ce que j'ai à manger c'est des pommes et des bananes. Ramasse.
Ca y est ! Après deux jours de travail intensif, je suis enfin prêt à vous offrir le récit du voyage de vendredi à samedi ! Mais d'abord, je vous propose de découvrir la pop roumaine dans toute sa splendeur avec un horrible hit qui vous reste en tête puisqu'ils se sont décidés à le passer à chaque fois que vous allez à la salle de sport. Spéciale dédicace au titre de la chanson qui est "eau", si vous avez l'occasion de regarder le clip, niveau wtf ça vaut le détour.
Loredana ft Cabron - Apa
Vendredi matin, je me suis réveillé de meilleure humeur que la veille et j'ai décidé de rejoindre un groupe qui était sur le point de partir en trip, comme on dit ici. J'ai tapé une couverture et une conserve de grains de maïs dans un sac avant de me faire la malle avec eux. On est allés en bus jusqu'aux limites de la ville à coté d'un énorme magasin d'outillage. C'est un peu avant le début de l'autoroute, un point connu de tous les habitants de la ville pour faire du stop. Pour preuve, il y avait déjà au mois 15 personnes sur place quand on est arrivés. Nous étions un bon groupe de 16 formés d'une multitude d'origines, il y avait des français, des slovaques, des polonais, une grecque, des roumains et moi le belge (être belge a toujours son petit effet ici, je ne sais pas pourquoi).
Avec ma chance de cocu, j'ai été pris très rapidement avec Zofka (Pologne) et Inna (Grèce) par un vieux monsieur en camionette en direction de Mociu. Une fois sur place, on a attendu les suivants pour ne pas qu'ils aillent trop loin avant de se mettre en route, route qui faisait quand même 9 km et qu'on était sensés se taper à pied. Pour vous mettre en situation, je suis parti en Erasmus sans penser une seconde qu'on irait faire de la rando en montagne. Du coup, j'étais attifé comme un parfait mogway dans ma veste H&M, mes chaussures en cuir italien et mon sac de voyage pas du tout conçu pour le voyage. Inutile de vous dire que mon pouce s'est levé tout seul quand une voiture est passée par là et c'est ainsi qu'Inna et moi nous sommes retrouvés à Palatca alors que certains étaient toujours coincés à Cluj. On s'est promenés dans le village avec pour unique consigne de trouver le bar et d'y attendre les autres. C'était très dépaysant, j'avais l'impression d'avoir utilisé une machine à remonter le temps tellement ce que nous voyions semblait appartenir à un autre siècle (et pour tout vous dire, j'hésite encore entre le XXe ou le XIXe). Une seule route goudronnée traverse le bled, et depuis celle-ci partent des chemins de terre en piteux état. Des poules se promènent pèpèrre à gauche et à droite, une mamy lave son linge contre une vieille planche dans une bassine au fond de son jardin, une charrue tirée par un cheval passe à coté de nous et un peu plus loin, un puit car le village n'a pas l'eau courante.
Là ou la route se sépare entre Mociu et Palatca (j'avais vraiment faim à ce moment-là, j'avais juste des Petits Beurres)
Inna (Grèce) et Zofka (Pologne) -je compte vous driller à apprendre les noms de tout le monde-
Le monsieur qui nous a pris entre le croisement et Palatca. On ne parlait pas du tout la même langue mais on a eu une conversation exceptionnelle.
Les poules et coq sont excessivement massifs ici, je dirais bien à moitié plus grands qu'en Belgique.
Les gens nous regardent comme si on débarquait du futur malgré nos vaines tentatives de Buna Ziua jusqu'à ce qu'un gars au visage étrangement familier débarque de nulle part. Il est sappé assez classe avec ses petites chaussures noires cirées, les cheveux gominés et vient vers nous en souriant. Il nous sert la main, nous fait la bise, dit plein de trucs en roumain et on reste là, interloqués. Après d'autres charabias, on finit par comprendre qu'il connait les autres qui ne sont pas encore arrivés et que c'est lui le musicien dont on nous parlait. TILT, la pièce tombe, ce gars qui répond au doux nom de Nazi (oui, ça surprend quand on l'entend la première fois) est le violoniste que j'avais vu jouer à l'Insomnia Café il y a quelques semaines.
On se dirige vers le bar du village alors que tous les autres arrivent enfin. On dévalise la supérette du coin qui sert en fait d'hypermarché pour tout le monde ici avant d'aller vers la maison de Nazi. La première fois qu'on y entre, c'est assez surprenant tant c'est petit. Moi et mon esprit si doué pour les maths et l'estimation des distances avons très longuement discuté afin d'essayer de mettre un nombre sur la surface habitable qui doit tourner autour des 20m² à tout casser. La pièce de vie sert de salon, salle à manger, chambre à coucher, garde-robe ou tout ce qu'on peut imaginer trouver dans un maison (ou presque). La cuisine est incroyablement étroite, il y a un gros poêle duquel émane une chaleur contrastant fortement avec le froid mordant de l'extérieur. Il n'y a pas d'eau courante et il faut aller chercher l'eau dans le puit à coté, les toilettes sont une cabane au fond du jardin mais il y a quand même l'électricité. Cette maisonnée abrite Nazi, son épouse Tina, sa fille Roxanna et son fils. Ils sont d'origine tzigane, origine très mal vues par les Roumains. Selon eux, ce ne sont pas des personnes dignes de confiance, des voleurs, des profiteurs, des menteurs qui vivent comme des malpropres et qui donnent une mauvaise image de la Roumanie à travers le monde.
Je peux vous garantir que ce weekend m'a fait mentalement réfuter chacun de ces pré-jugés.
Roxanna, 18 ans, fille de Nazi
Gosza, Pologne
La cuisine - chambre des enfants
La pièce de vie
Weronika (Pologne) - Moi - Sylvia (Roumanie)
Cloé (France)
Cloé (Fr) - Aliçka (Slovaquie)
Une amie Slovaque d'Alicka et Tina, l'épouse de Nazi
Zofka (Pologne)
Roxanna
Tina
Vers 18 heures, on est allés au bar du village pour prendre un verre, écouter un peu de musique locale, et voir les gens. Très vite, la musique a joué un peu plus fort et les hommes ont fait danser Roxanna, la seule fille du village présente. On sentait dans leurs mouvement beaucoup de justesse, de fierté, de savoir-faire et de tradition. Il n'a pas fallu longtemps avant qu'on finisse tous ensemble en train de danser sur ces rythmes effrénés, rigolant à grand éclats. J'ai également eu l'occasion de mieux faire la connaissance de plusieurs Erasmus arrivés il n'y a pas si longtemps au dortoir et c'est fou comme les gens sont intéressants ici. Ils ont tous une histoire peu commune, un univers bien à eux, un accent chantant et puis surtout, ils ne se prennent pas la tête pour des conneries. Je suis ici à mille lieues de toutes les bassesses relationnelles qu'on peut trouver à Liège.
Timisoara est une ville pas loin d'ici
Vers 20 heures, on est retournés chez Nazi pour le souper. Tina nous a cuisiné un plat typiquement roumain, une sorte de saucisses de porc bien salées, avec des épices, qui se mange avec une moutarde douce et du pain. Si vous le mentionnez à quelqu'un d'ici, il vous répondra qu'il ne peut plus le voir en peinture tellement il en a été gavé toute son enfance. Les musiciens se sont ensuite mis à jouer pour notre plus grand plaisir, des heures durant. Nous étions plus de vingt dans ce minuscule espace surchauffé, sans compter que la tsuica faisait également son effet.
Dans ces moments d'euphorie totalement atypiques, ce que j'aime par dessus tout est de prendre du recul. M'isoler mentalement quelques secondes, fermer les yeux et me dire que pour rien au monde je ne voudrais être ailleurs ou vivre autre chose. Je suis exactement là ou je devrais être et je suis heureux d'y être. C'est tellement beau et émouvant à la fois que je souris bêtement, alors que mes yeux deviennent vitreux. Je suis un grand émotif, que voulez-vous.
On rigolait encore et encore, tout le monde faisait autant de photos qu'il le pouvait pour tenter de garder une trace de ces instants magiques, certains dansaient comme si demain n'existaient pas et vers minuit, les musiciens sont repartis. La maitresse de maison nous a alors envoyé prendre l'air le temps qu'elle organise la literie de tout ce petit monde pour la nuit. On a dormi serrés comme des sardines emmitouflés sous des couvertures, avec d'énormes oreillers.
Même s'il a été très dur de m'endormir avec Brice qui me tirait les doigts de pied, des gens qui ronflaient, Weronika qui n'arrêtait pas de se marrer et accessoirement parce que j'avais le haut de mon corps sur le lit alors que le bas reposait sur un sac à dos, j'ai dormi comme un bébé en faisant plein de rêves fous. C'était une très belle nuit.
Zofka (Pologne)
Gosza (Pologne) - Sylvia (Roumanie)
Artur en haut (Pologne, copain de Gosza) - George en bas (Roumanie) - Aliçka (Slovaquie) Inna (Grèce) - Weronika (Pologne) - Brice (France)
Le joueur d'alto
Tina
Tristan (France) apportant sa touche de romantisme au moment fusionnel entre Andrei (Slovaquie) et Aliçka (Slovaquie)
Le lendemain matin, après un petit café instantané bien gouteux (peut-être que c'est l'eau du puit qui lui donnait si bon goût), on a marché jusqu'à la distillerie où ils font la tzuica du village. C'est une petite cabane en bois qui ne paie pas de mine au premier regard (au second non plus). De ce qu'on en a vu, une demi-douzaine d'hommes y travaillent. Les prunes arrivent à cheval dans de grandes barriques et on les transvase dans de grands tonneaux avant de les laisser macérer dans l'eau pendant plusieurs jours. S'enchaînent alors une succesion d'étapes qui me sont inconnues (un four, un alambique, un vieux sceau en plastoc, des cuves, tout ça) et puis le précieux liquide est stocké dans de subtiles bouteilles de récupération Fanta. On a eu l'honneur de déguster ce délicieux breuvage brut de décoffrage à 11h du matin, je ne vous cache pas que ma petite nature a passé son tour sur ce coup-là.
Marcellino
Mercedes, Audi, on a vu beaucoup de bagnoles qui dénotaient dans ce village.
Comme la route jusque Cluj est longue, on s'est remis en route ; laissant le coeur lourd Nazi et ses rêves de pouvoir jouer sous la tour Eiffel un jour, essuyer la larme qui coulait au coin de son oeil. Le groupe avait décidé de ne pas commander un bus, se retrouvant obligé à marcher jusqu'à la route principale. C'était sans compter une deuxième fois sur ma chance de cocu car une voiture allant direct à Cluj s'est arrêtée après qu'on ait marché 200 m. Une heure plus tard, j'étais sous la douche, heureux d'avoir vécu ce que je venais de vivre, c'était la bouffée d'oxygène qu'il me fallait.
J'ai pris un peu de retard dans la retranscription de ma life. Aujourd'hui, lundi, les choses ont enfin bougé au niveau des cours et je suis super content car je pense avoir trouvé chaussure à mon pied.
Revenez pour la suite des aventures, zwarme kusjes iedereen.
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